Jean-Louis Beaumont

Debout, droit comme un i, Jean-Louis Beaumont tient un petit dossier bleu dans lequel est inséré l'article incriminé. La phrase en question : « Le maire alimente un climat de haine (...) Il déploie sa garde prétorienne contre les familles de Roms. » Des propos tenus par Favier lors d'un débat au conseil général portant sur le dossier des Roms, et précisément sur la soixantaine qui avaient pris place en mai 2004 à Saint-Maur sur un terrain appartenant au département, et dont le maire souhaitait l'expulsion.

Cette affaire avait alors suscité une énorme tension entre les deux collectivités et, d'une manière générale, entre la gauche et la droite sur ce dossier. Hervé Guénot, journaliste au « JDD », rapporte dans son article la phrase qui fait bondir le maire de Saint-Maur. Le maire juge l'attitude « belliqueuse et diffamatoire », et saisit la justice, ce que déplore le journaliste en regrettant devant le tribunal que « M. Beaumont n'ait pas choisi de demander un droit de réponse ». Et d'expliquer « avoir rapporté ces propos de façon simple et objective lors d'un débat politique en séance, dans un contexte public... »

Puis, c'est Favier, presque timide, qui répond devant le juge sans poser un seul regard sur le maire. Les deux hommes se sont d'ailleurs franchement ignorés. Accusé, étrangement, de complicité dans cette affaire, le président Favier rappelle lui aussi qu'il s'agissait là, au moments des faits, d'un contexte tendu avec son opposition et que ses propos, figurant sur le dossier de presse remis par ses services aux journalistes, étaient « certes polémiques, mais habituels dans le débat politique ». Insistant sur ce « climat tendu », il réitère que « les actes du maire ont alimenté ce climat chez des habitants qui ont tenu des propos absolument ignobles ». La réponse de Beaumont est sèche : « Je n'ai fait qu'agir dans le cadre de mes compétences. Mais il est grave de considérer que le maire de Saint-Maur alimente un climat de haine. C'est grave pour moi et pour ma qualité de maire. » Et de préciser à tout hasard, avant que son conseil ne plaide le préjudice porté à son image, « ce n'est pas un problème de couleur politique ».

L'avocat du journaliste estime, quant à lui, que « le préjudice est porté contre l'institution judiciaire » et estime que le maire de Saint-Maur « utilise cette institution à des fins politiques ». Le procureur a jugé que « ces propos ont dépassé le cadre du débat politique » et a requis 1 000 € d'amende contre le journaliste et 2 000 € contre le directeur de sa publication. Il a demandé la relaxe de Favier pour « n'avoir pas accordé d'interview ni relu le texte qui lui est attribué ». Le jugement sera rendu le 21 juin.

par Le Parisien

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